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European de Sambassadeur

chronique d'album
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Le label suédois Labrador regorge d’artistes mineurs que l’on se plaît à chérir, séduit par l’exotisme glacé de leurs origines, des chansons parfaitement (re)passées et cette allure de secret vraiment trop bien gardé : Acid House Kings, Pelle Carlberg, The Mary Onettes et, jusqu’il y a peu, Sambassadeur. Formation contrainte, le groupe souffrait d’un parti pris lo-fi qui desservait ses titres aériens. Le bien nommé Migration (2008) le vit déployer ses ailes, mais on était loin de l’excellence pop délivrée avec European, troisième Lp voué à conquérir tous les continents.

Il ne peut en être autrement : comment résister à cette sunshine pop qui a digéré les mélodies de The Go-Betweens, la modestie de Belle And Sebastian et les arrangements bigger than life d’Abba ? Intraitable, l’ouverture de Stranded est un modèle du genre : roulements de batterie, mélopées de piano, batifolages de cuivres et cordes. Violons et violoncelles quittent le rang habituel de soyeux saupoudrage pour former le corps harmonique de chansons solaires et délicatement surannées, tandis qu’un saxophone s’invite pour quelques solos (I Can Try, à faire pleurer les dancefloors). Et les guitares ? Volontairement délaissées, elles assurent la rythmique – le minimum syndical – et s’autorisent un instrumental (A Remote View) ou une embardée maitrisée en conclusion (Small Parade, reprise tout en caresses de l’ex-Guided By Voices Tobin Sprout).

Du shoegazing timide des débuts, les quatre Suédois ont gardé l’amour pour le wall of sound spectorien – et le reproduisent à l’ancienne, sans pédales d’effet, en imposant une rythmique subtile mais puissante (l’élégiaque Forward Is All, Sandy Dunes) et en enrobant de cordes la moindre parcelle de chanson. Dès lors, le timbre discret et mutin d’Anna Persson (pas loin de celui de sa compatriote et homonyme Nina) n’a plus qu’à dérouler ses mélodies aux airs de classiques instantanés, scintillants mais jamais clinquants, empreints d’un léger spleen. Neuf morceaux, autant de merveilles bluffantes. On ne peut que s’incliner face à cet idéal enfin atteint.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #140
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