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On Fire (Rééditions complètes) de Galaxie 500

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"Nous n’étions pas bons mais nous étions différents”, se remémorait un jour un Dean Wareham peu enclin à l’indulgence à l’encontre de son premier groupe. Et pourtant. Plus on redécouvre Galaxie 500, plus la notion d’excellence reste à l’esprit. Et avec ces nouvelles éditions de Today, On Fire etThis Is Our Music, agrémentées de bonus, Peel Sessions, reprises et extraits du live Copenhagen, déjà maintes fois rééditées sous diverses formes (le coffret paru chez Ryko en 1996 restant esthétiquement indépassable), la courte discographie de Galaxie 500 fait toujours sens. Car c’est dans la discrétion et le culte de la nuance que ces trois étudiants basés à Boston et à New York vont sagement révolutionner la chose rock à la fin des années 80. Sous des dehors brumeux et lymphatiques, c’est bien de rock dont il est question ici. Celui du Velvet Underground en apesanteur, quasiment aquatique du Live 1969, dont la simplicité étourdira The Modern Lovers puis The Feelies et brouillera la vision de Joy Division.

Une musique à la fois très arty et sans manières, comme une annonciation biblique ralentie par des congères. Encore plus que par leur songwriting impeccable, c’est en faisant de leur œuvre une ode à la lenteur que Dean Wareham, Naomi Yang et Damon Krukowski marqueront les esprits. Comme si en chuchotant d’une voix mixte (est-ce un vieil homme ou une jeune femme ? Neil Young en couveuse ou sous respirateur artificiel ?) et en lui administrant une dose létale d’antalgiques, Galaxie 500 avait remis en leur temps les choses à plat. De Codeine à Low en passant par Bedhead et les fantassins les plus doués du post-rock ou de la dream pop, la leçon, magistrale il va sans dire, a été bien retenue, et la marque de Galaxie 500, comme une indélébile trace de pas sur des neiges éternelles, reste immense. Plus populaire au Royaume-Uni (où des Pastels aux Spacemen 3, ils trouveront peut être un peu plus que des âmes sœurs) qu’en leurs terres américaines, le trio se scindera dans une bataille d’ego caractéristique, en deux entités. Dean Wareham continuera avec le succès que l’on sait d’explorer ses fantasmes new-yorkais avec Luna, puis Dean & Britta ; quant à la section rythmique, sur un mode plus confidentiel, elle continuera d’exploiter le filon d’une belle musique rêveuse sous patronyme Damon & Naomi. Je ne sais plus qui disait que le rock’n’roll était l’une des seules formes d’expression artistique qui pouvait être magnifiée par des musiciens qui ne jouaient pas bien de leurs instruments, mais à l’écoute de Today, le premier Lp paru en 1988, on entend trois individus pour qui l’adage Less Is More fonctionne à merveille : ils prennent leurs limites pour de nouvelles frontières.

La formule, aussi simple qu’ésotérique, se met en place et ne changera, peu ou prou, plus. Du jeu de guitare nervuré de Dean Wareham, égal d’un Tom Verlaine, d’un Sterling Morrisson ou d’un Lou Reed, à la basse toute en mélodie de Naomi Yang, comme si la montagne noire de Peter Hook avait accouché d’une charmante souris, en passant par la science des percussions de Damon Kurkowski, tellement expressionniste jusque dans son minimalisme, tout se joue là, dans un studio new-yorkais (Noise), où le sorcier Kramer nimbe ces comptines des éclats brillantissimes d’un soleil d’hiver, d’une véritable pâte sonore, d’une clarté froide mais pas frigide. Même si On Fire (1989) et surtout This Is Our Music (1990), comportant un hit en or massif avec le miraculeux Fourth Of July, recèlent aussi leur petits moments d’ataraxie contrariée, c’est toujours Today qui sert de matrice, à l’instar de cette reprise de Jonathan Richman Don’t Let Our Youth Go To Waste, un morceau a cappella à l’origine, que Galaxie 500 met en son avec génie, en en gardant à la fois l’honnêteté presque naïve et l’urgence. Même impression pour Tugboat, devenu classique avec le temps, modeste hymne au renoncement : “I don’t want to go to your parties/I don’t want to talk to your friends” se muant en plaidoyer pour une intimité vraie. Et d’intimité, il est grandement question quand on se penche sur les reprises impeccables que la formation a commis, disséminées ici ou là au fil des compléments indispensables de ces trois trop courts albums.

Une intimité qui confine à la fraternité, entre l’hommage aux Feelies qui ne veut pas dire son nom (Instrumental) aux choix plus qu’évidents (Ceremony de Joy Division/New Order, Here She Comes Now du sacro-saint Velvet Underground), mais aussi des propositions esthétiques affirmées et raffinées (Yoko Ono ou Young Marble Giants, assez peu hype en ces années-là) ou carrément iconoclastes (le comique Cheese And Onions des Rutles, rendu touchant). Mais c’est au détour des Peel Sessions que l’on se prend la plus grosse claque avec une reprise osée de Submission des Sex Pistols, laissant même apparaître une inédite parenté vocale entre Dean Wareham et John Lydon. Car sous des dehors de petit animal fragile, avachi et soigneux, se cachait aussi un grand groupe de punk rock, idéologiquement parlant. On ne vole pas impunément un titre d’album à Ornette Coleman (This Is Our Music) sans être un minimum révolutionnaire. Galaxie 500 est, bien sûr, l’exact opposé des Pixies (mêmes lieux, même époque), l’anti-Pixies même, préférant illustrer la queue de la comète qu’attraper celle du minotaure. Alors que Black Francis et ses sbires massacraient à plaisir l’animal dans l’arène, Galaxie 500 le forçait à une conversation un peu plus austère, voire rigoriste, mais finalement beaucoup plus digne, mesurée et toujours aussi passionnante plus de vingt ans après. Ou comment différencier l’art de l’exploit sportif.
Etienne Greib
MAGIC RPM  #140
article extrait de :
MAGIC RPM #140 Commander ce numéro
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